La crise des offices

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Publié le 29 septembre 2025 Mis à jour le 25 février 2026
Date(s)

du 21 mai 2026 au 22 mai 2026

Lieu(x)

Campus Trotabas

Sous la direction de Gustavo Cerqueira, Maxime Scheffer et Yves Strickler, Université Côte d'Azur

 

À l’heure où l’on évoque, tour à tour, une crise de régime, une crise de société, si ce n’est une crise de civilisation, la question des offices des gens du droit émerge avec une acuité toute particulière. Les tensions, les troubles contemporains – défiance à l’égard des institutions représentatives, fragilisation de l’autorité de la loi, redéfinition des médiations savantes et judiciaires, transformations technologiques accélérées – n’influencent pas que les décisions politiques. Ils semblent aussi atteindre la nature même des offices qui assurent l’ordre et la stabilité du corps social, ceux des gens du droit.

Pourtant, à l’image de ce buste en marbre qui se donne à voir au musée du Capitole à Rome et qui représente l’auteur du Traité des devoirsDe officiis –, l’office n’est-il pas ce qu’il y a de plus intangible et permanent au cœur de la civitas, de plus résistant à l’épreuve du temps, parce que forgé par des vertus extraordinaires au service de l’intérêt public ? Du latin officium, l’office renvoie, en droit, au devoir du juriste, considéré dans ses dimensions les plus historiques : être attentif, méticuleux et scrupuleux à la tâche. En cela, l’office sert de boussole aux gens du droit, soucieux que leur propre travail et celui des autres soient bien définis. Au juge incombe ainsi, au risque de commettre un déni de justice, le devoir de trancher les litiges en disant ce qui revient à chacun ; à l’avocat, le devoir de défendre par principe toutes les causes dont il est saisi ou, suivant son sens des combats juridiques, les causes perdues dont il se saisit parfois lui-même, « d’office » ; au législateur, le devoir d’écrire la loi – la main, toujours, tremblante ; au professeur de droit, le devoir d’enseigner ce qui lui a été transmis et qu’il a bonifié des résultats de ses recherches ou, plutôt, d’édifier les esprits des juristes en puissance, ceux qui, demain, exerceront justement les offices du magistrat, du juge, de l’avocat, mais également les offices du greffier – essentiel artisan du fonctionnement des juridictions –, les huissiers ou commissaires de justice – sans qui la justice ne peut être effective –, les notaires, les juristes d’entreprise, etc.

Aussi immuables qu’ils puissent paraître, les offices des gens du droit connaissent aujourd’hui des mutations d’une ampleur inédite. Les acteurs eux-mêmes évoquent une perte de repères et s’interrogent sur ses causes : l’accélération continue – plutôt que la fin annoncée – de l’Histoire ? Les progrès d’une civilisation technologique marquée par la numérisation des pratiques, l’automatisation des décisions et la robotisation des fonctions, le tout sous l’effet de l’intelligence artificielle ? La mondialisation, tout à la fois si prometteuse et dangereuse ? Les logiques de marché qui affectent les professions ? Ainsi les interrogations sur l’origine d’une crise, qui paraît par endroits avoir atteint son acmé, se multiplient à mesure que s’accumulent les indices de son existence : transformations des pratiques, redéfinition des missions, brouillages des frontières professionnelles, requalification des fonctions elles-mêmes, idéologisation. Pour qui s’efforce de les rassembler, ces signes convergent vers un même constat : un trouble affecte la compréhension et l’exercice des offices et, à travers eux, la figure même de ceux qui en sont investis.

Reste à déterminer si, finalement, les troubles sont vraiment le signe d’une crise des offices. Si crise il y a, la logique médicale voudrait qu’on en trouve immédiatement les remèdes. Or, le mot « crise » est d’abord un mot juridique. Du grec κρινω, crinô, il signifie juger. Ainsi, en parlant d’une crise des offices, on se donne en réalité pour objectif de juger, au sens le plus fort du terme, les offices des gens du droit.

Certes, il est bien difficile de juger à une époque où le trouble des esprits est patent. Néanmoins, le faire collectivement dans l’enceinte de l’Université peut permettre d’espérer restituer aux offices du droit leur intelligibilité et, peut-être, conforter leur avenir.

G. Cerqueira, M. Scheffer et Y. Strickler


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